Législatives : quelles sont les propositions des candidats sur l’énergie ?

Écrit par Juliette Mariani, Journaliste énergie et rénovation le 18 juin 2024 à 16:21 | Modifié le 26 juin 2024 à 18:14
Temps de lecture : 5 min

Hier a démarré la campagne éclair pour le premier tour des législatives du 30 juin. Hello Watt examine les propositions des candidats concernant les prix de l’énergie, la transition énergétique des logements des Français et la place du nucléaire et des énergies renouvelables dans le mix énergétique national. 

En résumé : 

  • Les prix de l’énergie sont un enjeu central de la campagne électorale, avec de multiples promesses de réduction des factures d’énergie des Français depuis l’annonce de la dissolution de l’Assemblée. 
  • Bien que tous les candidats n'aient pas encore abordé ce sujet, les partis de droite s'accordent unanimement pour remettre en question le calendrier d’interdiction de location des passoires thermiques.
  • Tandis que les partis de gauche et le camp présidentiel souhaitent favoriser un mix énergétique incluant nucléaire et énergies renouvelables, les partis de droite prônent une relance de l'énergie nucléaire excluant les subventions aux énergies renouvelables
Hémicycle de l'Assemblée nationale

Prix de l’énergie 

Dès le matin suivant l’annonce de la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, les prix de l’énergie sont apparus comme un enjeu central de la campagne des législatives, avec un échange de tirs entre le Rassemblement national et la majorité présidentielle

Nouveau Front populaire 

L’union des gauches propose plusieurs mesures visant à soutenir le pouvoir d’achat des Français : 

Renaissance

Le camp présidentiel a fait une seule promesse jusqu’à présent : une réduction de 10 à 15 % du tarif réglementé de vente de l’électricité en février 2025, annoncée par Bruno Le Maire mardi 11 juin et confirmée par Gabriel Attal samedi dernier. Ce dernier a promis des économies de l’ordre de 200 € sur la facture des Français pour le prochain hiver

Cette promesse semble peu risquée pour le gouvernement, car la méthode de calcul du tarif réglementé de vente de l’électricité devrait permettre sa baisse mécanique de plus de 15 % en 2025, comme nous l’expliquions dans un récent article

Les Républicains 

Les Républicains, en proie à des luttes intestines, n’ont pas encore formulé de propositions claires sur la question des prix de l’énergie, qui constitue un point de discorde au sein de la droite. 

Ces derniers mois, une partie des Républicains s’est prononcée en faveur d’une réduction des taxes sur l’électricité. Cependant, en décembre 2023, les sénateurs LR ont proposé une augmentation de la taxe sur l’électricité à 32 euros par mégawattheure, alors que le gouvernement a finalement opté pour une augmentation limitée à 21 euros

Rassemblement national 

Le Rassemblement national a fait de la question des prix de l’énergie l’un de ses principaux axes de campagne dès le lendemain de l’annonce de la dissolution, en promettant d’annuler la hausse de 12 % du prix du gaz prévue pour le 1er juillet 2024. En plus de cette mesure, le RN propose : 

  • de réduire la TVA de 20 à 5,5 % sur le gaz, l’électricité, le fioul et les carburants
  • de sortir des mécanismes de fixation des prix du marché européen de l’électricité pour établir un prix français de l’énergie basé uniquement sur la production nationale. Le RN estime que cela pourrait réduire de 30 à 40 % la facture d’électricité des Français. Cependant, cette proposition est critiquée par la plupart des experts, car elle priverait la France de la possibilité de vendre son excédent d’électricité aux pays voisins et d’importer de l’électricité, comme cela a été nécessaire pendant la récente crise énergétique.

Rénovation énergétique des logements 

Nouveau Front populaire 

L’union des gauches propose les mesures suivantes : 

  • promouvoir l’isolation complète des logements en renforçant les aides pour tous les ménages ;
  • garantir la prise en charge intégrale des travaux d’isolation pour les ménages modestes

Renaissance 

Le 15 juin, Gabriel Attal a annoncé qu’en cas de victoire du camp présidentiel, il envisagerait de taxer les rachats d’actions afin de financer un “fonds de rénovation énergétique” destiné aux classes moyennes et populaires. Ce fonds permettrait de rénover 300 000 logements supplémentaires d’ici 2027.

Les Républicains

À ce jour, les Républicains n’ont pas encore avancé de propositions concrètes pour les législatives concernant la rénovation énergétique des logements. Cependant, ils sont unanimes dans leur opposition au calendrier d’interdiction à la location des passoires thermiques, qu’ils considèrent punitif au lieu de favoriser une approche incitative

Ainsi, en octobre 2023, les Républicains ont proposé une loi visant à reporter de cinq ans le calendrier issu de la loi Climat et résilience. Par exemple, l’interdiction de location des logements classés G, actuellement prévue pour 2025, serait repoussée à 2030

En mars 2024, François-Xavier Bellamy, tête de liste des Républicains aux européennes, a présenté dix propositions visant à résoudre la crise du logement, parmi lesquelles : 

  • instaurer un crédit d’impôt pour récompenser les propriétaires qui choisissent de rénover leurs logements et de mieux les isoler. Le montant de ce crédit d’impôt serait déterminé en fonction de la réduction des émissions de gaz à effet de serre permise par les travaux de rénovation.
  • autoriser 100 000 euros supplémentaires de donation exonérés de droits par enfant ou petit-enfant pour financer un achat immobilier ou la rénovation thermique d’un logement. 

Rassemblement national 

Le Rassemblement national place l’accès au logement au-dessus des préoccupations environnementales et propose, comme Les Républicains, d’assouplir les obligations de rénovation énergétique des bâtiments ainsi que le diagnostic de performance énergétique (DPE). 

En juillet 2023, le RN proposait de revenir sur la loi Climat et résilience en levant les interdictions de location liées au DPE et en révisant l’audit énergétique

Stratégie énergétique et place des renouvelables

La programmation énergétique de la France, notamment la répartition du nucléaire et des énergies renouvelables dans le mix énergétique national, est un sujet capital qui a un impact direct sur l’indépendance énergétique du pays et sur les prix de l’énergie.

Nouveau Front populaire 

La feuille de route de l’union des gauche ne précise pas explicitement la place qu’elle souhaite donner au nucléaire, mais elle ne semble pas envisager une sortie du nucléaire. Cette question divise les partis membres, avec un PS plutôt indécis, un PCF très partisan du nucléaire, et les Verts et LFI qui visent l’objectif de 100 % d’énergies renouvelables respectivement d’ici 2040 et 2050.

Néanmoins, le Nouveau Front populaire s’est entendu sur plusieurs mesures : 

  • renforcer le développement des filières françaises et européennes de production d'énergies renouvelables
  • faire de la France le leader européen dans le domaine des énergies marines, avec l'éolien en mer et les hydroliennes
  • revenir sur la fusion entre l'Agence de sûreté nucléaire (ASN) et l'Institut de recherche sur la sûreté nucléaire (IRSN), prévue au 1er janvier 2025
  • refuser la privatisation des barrages hydroélectriques

Renaissance 

Le camp présidentiel mise sur le nucléaire avec six nouveaux petits réacteurs déjà prévus, et peut-être encore huit supplémentaires, bien que l’incertitude persiste sur la capacité à construire ce parc dans des délais et à des coûts raisonnables. 

En ce qui concerne les énergies renouvelables, la feuille de route reste encore floue. Aux élections européennes, le parti défendait : 

  • la sortie des énergies fossiles avant 2050 en s’appuyant sur le nucléaire et les énergies renouvelables ; 
  • la fin de l’importation de gaz russe d’ici 2025

Les Républicains 

Les Républicains n’ont pas encore défini de manière précise leur feuille de route, mais jusqu’à présent, leurs propositions incluaient : 

  • financer la relance nucléaire à travers un vaste programme de construction de réacteurs
  • cesser de subventionner les renouvelables jugées coûteuses, mais promouvoir la filière hydrogène (malgré son niveau de maturité encore limité et ses coûts élevés) ; 
  • prévoir une sortie du charbon, mais pas du gaz

Rassemblement national 

Le Rassemblement national s’est fait remarquer par ses positions fermes contre l’éolien et le solaire, et propose : 

  • un investissement massif dans le nucléaire, avec la promesse de construire vingt nouveaux réacteurs, dont six en service dès 2031. Cependant, de nombreux experts jugent ce délai irréaliste. EDF prévoit par exemple la livraison des deux prochains réacteurs, dont les travaux vont bientôt commencer à Penly, d’ici 2035 dans le meilleur des cas ;
  • de prolonger la durée de vie des réacteurs nucléaires à 60 ans, contre 50 ans actuellement ; 
  • de remettre en question les objectifs de réduction de la consommation d’énergies fossiles ;
  • d’investir dans l’hydrogène et la géothermie ;
  • de mettre en place un moratoire sur les énergies intermittentes (éolienne et solaire). Marine Le Pen proposait même, aux élections présidentielles de 2022, de “démanteler” le parc éolien existant, bien qu’il représente aujourd'hui plus de 10 % du mix énergétique français.
Juliette Mariani
Juliette Mariani

Journaliste énergie et rénovation

Juliette a rejoint Hello Watt en 2024 après des études de lettres et de marketing. Sa mission : vous tenir informés des dernières actualités du secteur de l’énergie dans les articles du blog Hello Watt.

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