Prix négatifs de l’électricité : qu’est-ce que c’est ?

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Alors que les factures ont tendance à augmenter, on entend de plus en plus souvent parler des prix négatifs de l’électricité. Ce phénomène se produit lorsque la production dépasse considérablement la demande en électricité. On vous explique tout.

Les prix négatifs de l'électricité en bref :

  • Le prix de l’électricité devient parfois négatif sur les marchés de gros, lorsque la production dépasse largement les besoins de consommation.
  • Contrairement à certains de nos voisins européens qui s'ajustent facilement avec des centrales fossiles (gaz et fioul), la France dépend d’un parc nucléaire peu flexible qui représente jusqu’à 69 % de sa production d’électricité.
  • Le stockage de l'électricité reste difficile et l'arrêt d'un réacteur nucléaire pour quelques heures s'avère complexe et coûteux : face à cette double contrainte, les producteurs préfèrent vendre à perte.  
  • Ce phénomène s’accentue avec l’essor des énergies renouvelables, qui injectent massivement de l’électricité sur le réseau lors des pics d'ensoleillement ou de vent, alors que la consommation globale n'augmente pas
  • La flexibilité de la consommation permet de mieux absorber ce surplus d’électricité décarbonée. L’application Hello Watt, avec ses nouvelles fonctionnalités de pilotage intelligent, facilite le décalage des usages vers les heures de forte production.

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Pourquoi les prix de l’électricité sont-ils parfois négatifs ?

Lorsqu’on parle de prix négatifs, il faut garder en tête que cela ne concerne que les marchés de gros et non les prix pour les particuliers.

Comment fonctionnent les marchés de gros ?

Ce phénomène se produit sur les marchés de gros dits “Spot”, où l’électricité est vendue au jour le jour. Sur ces marchés, le tarif horaire dépend de la dernière énergie utilisée pour produire l’électricité, c’est ce qu’on appelle le coût marginal

  1. les énergies renouvelables ont un coût de production quasi-nul, soit proche de 0 €/MWh ;
  2. les énergies fossiles (gaz, charbon) ont le coût le plus élevé, souvent entre 70 et 100 €/MWh ;
  3. le nucléaire se situe entre les deux, autour de 30 €/MWh, avec un coût marginal relativement faible mais supérieur aux renouvelables.

Lorsque la consommation est faible et que la production renouvelable est élevée, le réseau est saturé avec une électricité quasiment gratuite, ce qui fait chuter le prix en dessous de zéro.

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Pourquoi ne pas arrêter les centrales nucléaires ?

Face à ce surplus, arrêter la production semble le plus logique, mais c’est en réalité plus difficile qu’il n’y paraît, car : 

  1. l’électricité se stocke difficilement à grande échelle et doit être consommée lorsqu’elle est produite ;
  2. l’arrêt et le redémarrage d’une centrale nucléaire sont longs, complexes et coûteux.

Pour un producteur, il est plus rentable de vendre à perte quelques heures que d’arrêter ses centrales, pour éviter que ce surplus ne mette le réseau sous pression.

Le saviez-vous ?

Pour éviter les pannes, le réseau électrique doit maintenir une fréquence stable de 50 Hz comme dans vos prises de courant, en équilibrant parfaitement la production et la consommation d’électricité. Comme il est difficile de stopper la production lorsqu’elle est trop importante, l’électricité est vendue à perte pour maintenir le réseau à l’équilibre.

Comment sont fixés les prix de gros de l’électricité ?

Le prix moyen de l’électricité sur les marchés de gros diffère d’un pays à l’autre, car il dépend :

  • du marché à court terme (Spot) : la livraison d’électricité au jour le jour, où l’offre et la demande s’équilibrent heure par heure en temps réel. C’est ici que se forment les prix négatifs de l’électricité ;
  • du marché à moyen et long terme (Futures) : des contrats négociés des mois à l’avance qui n’impactent pas le spot horaire mais déterminent une grande partie du prix payé a posteriori par les consommateurs finaux ;
  • du mix énergétique national : la part respective de nucléaire, des énergies fossiles ou d’énergies renouvelables dans la production du pays ;
  • de la capacité d’interconnexion : selon que le pays est structurellement importateur ou exportateur sur les marchés interconnectés européens.

Pourquoi les prix négatifs ne font pas baisser les factures des consommateurs ?

Bien que les prix de l’électricité soient parfois négatifs sur les marchés de gros, l’impact n’est pas visible sur la facture des consommateurs.

Le marché Spot représente un faible volume de l’électricité échangée

Les prix négatifs sont une spécificité des marchés Spot où l’électricité s’échange au jour le jour. Cependant, ces contrats de court terme ne représentent que 25 % de l’électricité échangée. Pour vous protéger des variations de prix quotidiennes, les fournisseurs s’approvisionnent sur d’autres marchés via des contrats à long terme à prix fixe, pour garantir des tarifs stables dans le temps.

Comment faire baisser vos factures d’électricité ?

Si vous êtes encore au tarif réglementé (dit aussi “tarif bleu”), un moyen de faire baisser vos factures est de changer de fournisseur d’énergie. Si vous souhaitez quitter EDF, n’hésitez pas à comparer les offres et les avis clients des fournisseurs pour trouver le contrat idéal.

Pas besoin de résilier votre contrat, vous n’avez qu’à en souscrire un nouveau et votre fournisseur s’occupera de tout !

L'électricité représente une part réduite de votre facture

Au 4e trimestre de 2025 la part de l’électricité représentait seulement 39 % de votre facture finale, au tarif réglementé comme chez les concurrents d’EDF. Le reste de la facture d’énergie est composé de coûts qui ne sont pas impactés par ces baisses des marchés : 

  1. des taxes et contributions : la TVA, la CTA et l’accise sur l’électricité ;
  2. des coûts de réseau : l’acheminement et la distribution qui sont facturés via le TURPE (Tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité), qui compose une partie de l’abonnement.

Pour quelles raisons le phénomène des prix négatifs augmente-t-il en France ?

Si le phénomène des prix négatifs de l’électricité augmente d’année en année, c’est en raison de la combinaison de deux facteurs

  1. la production d’énergies renouvelables et leur part dans le mix énergétique augmentent ;
  2. la consommation reste stable.

Ce surplus d’énergie renouvelable est principalement lié à l’essor de la production solaire. C’est pourquoi les prix négatifs ne durent que quelques heures et se concentrent presque exclusivement en journée, lorsque le soleil brille le plus.

La non-flexibilité du parc nucléaire

Avec 68 % de sa production issue du nucléaire, la France est confrontée à une contrainte technique majeure. Éteindre et redémarrer un réacteur nucléaire pour seulement quelques heures est une opération lourde et coûteuse, ce qui empêche toute souplesse aux variations à court terme

Peut-on simplement baisser la puissance d’un réacteur ? 

Bien qu’il soit difficile d’éteindre complètement une centrale nucléaire, il est possible de réduire temporairement sa puissance pour produire moins : c’est ce qu’on appelle la modulation. Le parc nucléaire français est conçu pour cela, mais répéter cette opération crée des chocs thermiques qui pourraient endommager les centrales. C’est pourquoi l’usage de la modulation reste modéré.

L’essor des énergies renouvelables

Si l’on ajoute à cela la part grandissante des énergies renouvelables, notamment le solaire et l’éolien qui dépendent de la météo, on obtient des pics de production lorsque la consommation n’est pas au rendez-vous et ainsi, des prix négatifs.

Enfin, la rigidité des contrats d’obligation d’achat (OA) renforce ce phénomène, car de nombreux parcs renouvelables bénéficient de contrats garantissant un tarif d'achat fixe. N'étant pas pénalisés par les cours de la bourse, ces producteurs continuent d'injecter de l'électricité sur le réseau même quand les prix spot sont négatifs.

La consommation électrique est stable 

Malgré une hausse de la production, notamment renouvelable, la consommation française stagne, voire baisse, depuis plusieurs années. La consommation des grandes industries est globalement en baisse en raison : 

  • de grands efforts de sobriété ;
  • d’une meilleure efficacité énergétique ;
  • d’un contexte économique fragile incitant à la prudence.

Aussi, l’électrification progressive des usages des Français, avec l’adoption de la voiture électrique ou de la pompe à chaleur (PAC), est encore insuffisante pour absorber toute l’électricité produite.

La baisse de la production en 2022 s’explique par une forte indisponibilité du parc nucléaire en raison de problèmes de corrosion, tandis que la sécheresse a diminué la production hydraulique, renouvelable, au même moment.

Quand le prix de l’électricité est-il négatif ?

Le prix de l’électricité devient négatif lorsque la production renouvelable augmente fortement alors que la consommation baisse. Les heures à prix négatifs sont généralement :

  • au printemps et en été : en raison d'un fort ensoleillement qui augmente la production photovoltaïque au maximum. 84 % des heures à prix négatifs ont eu lieu à cette période en 2025 ;
  • en début d’après-midi (12h à 16h) : lorsque le soleil est au plus haut. Cette plage horaire concentrait 72 % des heures à prix négatifs en 2025 ;
  • le week-end : en raison du ralentissement de l’activité économique qui fait baisser la consommation électrique. Cela représentait 26 % des heures à prix négatifs de 2025.

“Duck Curve”, quand la courbe de consommation prend la forme d’un canard

Si l’on suit l’évolution de la consommation et de la production d’électricité sur une journée de printemps ensoleillée, on peut observer que la courbe prend la forme d’un canard, typique des heures à prix négatif :

  1. les prix et la consommation sont hauts le matin et le soir, formant ainsi la queue et la tête du canard ;
  2. l’après-midi, les panneaux solaires produisent abondamment et la consommation est faible, formant le ventre creux du canard, c’est ici que les prix descendent sous 0 €/MWh.

Découvrez ci-dessous la répartition des heures à prix négatifs pour l'année 2025.

Janvier 2025 Février 2025 Mars 2025 Avril 2025 Mai 2025 Juin 2025
0h 0h 10h 90h 133h 130h
Juillet 2025 Août 2025 Septembre 2025 Octobre 2025 Novembre 2025 Décembre 2025
77h 66h 57h 20h 0h 0h

Source : ENTSO-E / Ember

La France est-elle le seul pays européen concerné par les heures à prix négatifs ?

Nos voisins européens sont eux aussi concernés par le phénomène des prix négatifs, avec des situations spécifiques selon les particularités de leur mix énergétique :

  • Allemagne : c’est le pionnier européen des prix négatifs en raison d’un fort déploiement des énergies renouvelables couplé à un parc historique au charbon qui est, comme le parc nucléaire français, assez peu flexible ;
  • Espagne : le pays n’était pas touché par les prix négatifs jusqu’en 2023 car il disposait d’un prix plancher de 0 €/MWh, avant de s’aligner sur les réglementations européennes. Depuis 2024, l’Espagne fait face à un grand nombre d’heures à prix négatifs en raison du boom de son parc photovoltaïque ;
  • Pays-Bas : explosion des heures négatives depuis 2023 en raison du développement massif du solaire, notamment chez les particuliers, suite à la crise de l’énergie ;
  • Royaume-Uni : sa situation insulaire le protège, car le pays est moins interconnecté avec ses voisins européens. Par ailleurs, son mix renouvelable repose principalement sur l’éolien marin, dont les pics de production sont mieux répartis et souvent nocturnes ;
  • Belgique : le pays est fortement interconnecté et subit de plein fouet les pics de production renouvelable de ses voisins français, allemands et néerlandais.

La flexibilité, la solution pour éviter les prix négatifs

La solution pour équilibrer le réseau électrique lors des périodes de surproduction et éviter de gaspiller de l’énergie verte est d’améliorer la souplesse du système électrique.

Flexibilité du parc de production

Il est crucial de développer des solutions de stockage de l’électricité, comme des méga-batteries, mais aussi l’installation de batteries solaires pour les installations résidentielles pour réduire l’injection sur le réseau électrique pendant les pics de production.

Par ailleurs, il existe des stations de pompage (STEP), qui utilisent l’électricité excédentaire pour pomper l’eau d’un barrage hydroélectrique vers son bassin supérieur afin de générer du courant lorsque le réseau en a besoin.

Enfin, il serait souhaitable de réviser les mécanismes de subventions actuels pour, par exemple, inciter les producteurs de renouvelables à arrêter leurs centrales lorsque le réseau est saturé.

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Flexibilité de la consommation : vers un pilotage solaire intelligent

Réforme des heures creuses

Depuis novembre 2025, une partie des heures creuses, historiquement placée la nuit, est déplacée en journée pour coïncider avec les heures solaires. Ainsi, 13,1 millions de ménages pourront avoir jusqu’à 3 heures creuses en journée, entre 11h et 17h, pour mieux absorber cette production renouvelable.

Cela permet notamment de faire fonctionner votre chauffe-eau ou de recharger votre voiture électrique lorsque l’énergie est abondante.

L’autre pan de la flexibilité concerne directement les consommateurs qui peuvent adapter leurs usages. Les propriétaires de panneaux solaires peuvent maximiser leur autoconsommation afin de réduire la quantité d’électricité injectée sur le réseau lors des pics d'ensoleillement.

Ils peuvent également avoir recours à l'écrêtement, qui consiste à limiter ou couper temporairement leur injection solaire, et ainsi, désaturer le marché. C’est pour aller dans ce sens que l’application Hello Watt a lancé une fonctionnalité de pilotage intelligent de votre installation solaire, qui permet : 

  • le suivi en temps réel de votre production solaire et de chaque kWh injecté sur le réseau ;
  • la suspension de votre injection en cas de pic sur le réseau, rémunérée 10 cts€ par kWh non injecté.

Enfin, certains fournisseurs commencent à proposer des offres d’électricité à tarification dynamique. Le principe ? Le prix de l’électricité change toutes les heures pour suivre les marchés spot. Vous pouvez donc adapter vos habitudes de consommation en déplaçant vos usages lorsque l’électricité coûte moins cher.

L'électrification de vos usages

Remplacer les énergies fossiles (gaz, fioul) par l’électricité pour vos usages quotidiens (déplacement, chauffage) présente un double avantage

  • pour le réseau électrique, car ces équipements (pompe à chaleur, voiture électrique) amortissent le surplus de production en consommant lorsque l’électricité est abondante ;
  • pour votre porte-monnaie, car ces appareils présentent des rendements supérieurs à leurs équivalents fossiles. Et pilotés intelligemment avec l’application Hello Watt, vos équipements consomment en priorité lorsque l’électricité est peu chère et peu carbonée.

FAQ : vos questions sur les prix négatifs de l’électricité

Comment puis-je profiter des prix négatifs de l'électricité ? 

Les consommateurs ne peuvent pas directement profiter des prix négatifs, en dehors de ceux ayant un contrat à tarification dynamique. En revanche, ces prix négatifs font évoluer le réseau, notamment avec un déplacement des heures creuses en journée.

Une solution optimale pour en bénéficier est d’opter pour le pilotage intelligent de vos appareils, via l’application Hello Watt par exemple. En effet, l’app vous permet de bénéficier des heures creuses automatiquement sans que vous n’ayez à calculer vous-même quand utiliser vos appareils pour économiser.

La France est-elle le seul pays d'Europe touché par les prix négatifs ? 

Non, ce phénomène s’étend dans toute l’Europe, car la plupart des pays ont un parc prévu pour produire en continu. L’essor des renouvelables a les mêmes conséquences chez nos voisins allemands, hollandais ou espagnols.

Par ailleurs, les pays d’Europe étant pour la plupart interconnectés, un surplus de renouvelables dans un pays inonde également le réseau de ses voisins.

Qui gagne concrètement de l'argent lorsque les prix deviennent négatifs ? 

Les grands gagnants sont les industriels flexibles et les gestionnaires de solutions de stockage (méga-batteries) ou de stations de pompage (STEP). En effet, une usine capable de relancer ses lignes de production lorsque l’électricité est abondante est rémunérée pour cela, tout comme un site de stockage ou une station de pompage capable d’absorber le surplus.

Simon Desimpel
Simon Desimpel

Rédacteur expert énergie

Après une première vie dans l’audiovisuel, Simon a pris le chemin de la rédaction web et rejoint Hello Watt en 2023. Sensible aux thématiques du développement durable, il vous informe au mieux pour réaliser des économies tout en réduisant votre empreinte carbone.