Interview de Yannick Ducerf, co-fondateur d'Urban Solar Energy

Yannick Ducerf, co-fondateur d’urban Solar Energy, le producteur et fournisseur d’énergie renouvelable, répond à nos questions dans cet article. Lisez la suite pour découvrir les offres Urban Solar Energy, son positionnement ainsi que son analyse du marché du photovoltaïque !

Yannick Ducerf, fondateur d'urban Solar Energy

Pour commencer pouvez-vous nous présenter Urban Solar Energy en quelques mots et nous parler de votre rôle au sein de l’entreprise ?

Je suis Yannick Ducerf, j’ai fondé Urban Solar Energy en 2016 aux côtés de Cyril Morin. Urban Solar Energy, c’est un producteur et un fournisseur d’énergie 100 % renouvelable fondé à la base sur le photovoltaïque. Nous pensons qu’il faut décentraliser les moyens de production pour que les citoyens se réapproprient l’énergie. En bref, rapprocher la production de la consommation. Or, le photovoltaïque se prête bien à cela.

85 % de la consommation se fait en milieu urbain et le photovoltaïque est implantable partout, y compris sur les toits des villes !
Yannick Ducerf, Urban Solar Energy

Pouvez-vous nous présenter vos offres pour les particuliers ? 

Au départ, nous nous sommes surtout orientés vers les professionnels puisqu’il s’agissait d’une clientèle que nous connaissions mieux et qui était plus susceptible de s’intéresser au photovoltaïque (certains décrets tertiaires demandent aux propriétaires de locaux tertiaires de faire des efforts pour diminuer leur consommation d’énergie). Mais les professionnels ne sont pas présents un tiers de l’année (52 weekends). Nous nous sommes alors demandés ce que nous pouvions faire de ce surplus et avons pensé à le fournir aux particuliers, plus aptes à le consommer les weekends. Ce surplus est mémorisé et restitué au professionnel quand il en a besoin : c’est ce qu’on appelle la batterie virtuelle ! Aujourd’hui 3000 clients particuliers l’utilisent.

Comment vous différenciez-vous des autres fournisseurs ? 

Contrairement à certains fournisseurs, nous sommes à la fois producteurs et fournisseurs, ce qui nous rend réellement acteurs de la transition énergétique. Par ailleurs, l’énergie que nous produisons et distribuons est 100 % verte, 100 % renouvelable. Nous ne concevons pas de dissocier kilowattheure et garantie d’origine et nous ne souscrivons pas à l’ARENH (Accès Régulé à l’Électricité Nucléaire Historique). Greenpeace nous compte d’ailleurs dans son classement des fournisseurs verts. 

Électricité verte et les garanties d’origine : comment se positionne Urban Solar Energy ?

Un fournisseur vraiment vert est acteur sur les moyens de production, il achète son énergie uniquement à des producteurs d’énergie renouvelable et participe au quotidien à la transition énergétique. Il n’a ni ARENH, ni garanties d’origine détachées d’un kilowattheure et n’achète pas son électricité sur le marché.

Aujourd’hui, seuls trois fournisseurs n’ont pas d’accord cadre ARENH : il s’agit d’Enercoop, d’Ilek et d’Urban Solar Energy. 
Yannick Ducerf, Urban Solar Energy

Selon vous, quel a été l’impact de l’année 2020 (et donc de la pandémie) sur la filière photovoltaïque ? Au contraire, comment voyez-vous le marché du solaire en 2021 ?  

A l’annonce de la Covid et du premier confinement, les prix du marché ont chuté sous l’effet de la baisse de la demande (40% de soutirage en moins). Le marché du photovoltaïque quant à lui a suivi un ralentissement en raison de la crise sanitaire, mais a repris assez rapidement ensuite. En 2021, on est toujours sur une tendance en dessous de ce que font nos voisins européens

L’Allemagne est largement en tête du classement Européen en ce qui concerne la production photovoltaïque chez les particuliers. Comment expliquer le retard relatif de la France ? 

Tout simplement parce que l’on ne paie pas le même prix de l’électricité. En Allemagne, le prix du kWh est presque deux fois plus élevé que notre tarif réglementé de vente (TRV). Pareil pour la Belgique, l'Italie ou le Royaume-Unis qui ne sont pas plus écolos que nous malgré toutes leurs centrales photovoltaïques mais paient tout simplement plus cher leur électricité. Ce n’est pas non plus une question d’ensoleillement, puisque le système d’ensoleillement allemand est inférieur au nôtre. D’ailleurs, la preuve en est que la deuxième plus grosse centrale photovoltaïque de France vient d’être ouverte dans la Meuse, une région peu ensoleillée.

Le jour où le prix du kWh français avoisinera celui de l’Allemagne, à savoir 30 ou 35 centimes, le photovoltaïque fleurira partout en France !
Yannick Ducerf, Urban Solar Energy

Que pensez-vous de l’arrivée de certaines entreprises comme Ikéa sur le marché du solaire (après EDF ou Engie) ?  

Ikéa a compris l’intérêt de se lancer dans le photovoltaïque. L’enseigne a récemment ouvert le plus grand Ikéa de France à Lyon et installé des panneaux solaires sur les toits de ses magasins. Est-ce une stratégie pour vendre un nouveau produit ou pour participer à la transition énergétique ? Dans tous les cas, c’est déjà un effort comparé aux autres enseignes de la grande distribution. A ce jour, quelques grandes surfaces ont installé des ombrières sur les parkings pour inciter les consommateurs à faire leurs courses en été malgré la chaleur, mais les bâtiments sont encore peu éligibles à l'installation de centrales sur les toits.

Que pensez-vous des kits de panneaux solaires à installer soi-même ?

Proposer des kits solaires à poser soi-même permettra peut-être de développer le solaire mais cela présente un risque. Il s’agit tout de même d’électricité ! Par ailleurs, au-delà de l’aspect sécuritaire, raccorder une installation photovoltaïque ou une batterie de stockage auprès d’un distributeur par ses propres moyens est un exercice fastidieux. Il y a beaucoup de démarches administratives à engager : déclaration à la mairie, demande de raccordement, Consuel etc. 

Pensez-vous que les lourdes démarches administratives (déclaration préalable à la mairie, demande de raccordement, CONSUEL etc.) fassent partie des freins au développement du solaire chez les particuliers ?

Oui et non. Oui, dans le sens où passer au solaire ne se fait pas en un claquement de doigts. Cela reste un processus assez long. On pourrait peut-être simplifier les démarches ou les numériser pour l'accélérer. Et non, parce que même si ces démarches sont lourdes, elles sont utiles et permettent de poser un cadre légal et sécuritaire autour de ces installations. Par ailleurs, il existe de nombreux intermédiaires comme nous pour prendre en charge cette étape à la place des particuliers. 

Nous sommes un véritable conseiller de bout en bout du projet : nous expliquons aux particuliers ce qu’est le photovoltaïque, en quoi il correspond à leurs besoins et vers quels (bons) installateurs se tourner.
Yannick Ducerf, Urban Solar Energy

Vous proposez une solution de stockage virtuel. Quels sont les avantages du stockage virtuel par rapport à une installation avec un contrat classique d'achat du surplus chez EDF OA ? 

Aujourd’hui, il faut deux ans pour mettre en place un contrat d’achat de surplus chez EDF OA et on doit garder ce contrat à un prix bloqué pendant vingt ans.* Le contrat est également rattaché à l’habitation, ce qui induit qu’en cas de vente de votre maison, les nouveaux propriétaires ont l’obligation de garder ce contrat jusqu’à la fin de la durée d’engagement. Chez Urban Solar Energy, nos clients ne sont pas engagés et peuvent partir quand ils le souhaitent. Nous ne parlons pas de rachat de leur énergie mais de la valoriser davantage en leur permettant de déduire leur surplus de production. 

*Selon Hello Watt, entre la signature du devis et le début des démarches administratives, il faut plutôt compter un an.  Tous les kWh comptabilisés par Linky seront payés depuis la mise en service rétroactivement si le contrat tarde à se mettre en place auprès d'EDF OA.

Début avril, Jean Castex a assuré que le gouvernement travaillait sur le renforcement de la filière solaire française et préparait une stratégie d’industrialisation nationale et européenne. Pensez-vous que l’Etat soit en mesure de tenir ces objectifs ambitieux ?

Le France est pionnière dans le photovoltaïque. Pourtant il n’y a que quelques producteurs sur le territoire en comparaison avec les autres pays d’Europe ou dans le monde. L’objectif aujourd’hui, c’est de créer des moyens de production renouvelable, et s’il faut passer par l’éolien ou l’hydraulique plutôt que le solaire, je n’ai rien contre. Je défends surtout les valeurs de la transition énergétique. On a beau être fournisseur d’énergie, on conseille vraiment à nos clients de moins consommer.

Le kWh le plus économique et vert, c’est celui qu’on ne consomme pas.

Yannick Ducerf, Urban Solar Energy