Rapport de la CRE : le vrai bilan économique des renouvelables en France

Modifié par Sylvain Le Falher, Cofondateur & CEO le 22 septembre 2026 à 16h51
Temps de lecture : 2 min
CRE rapport EnR polémique

Publié le 9 septembre 2026, le premier rapport de la Commission de Régulation de l’Énergie (CRE) sur l'économie du système électrique français fait l'objet d'une polémique. Deux semaines après sa sortie, le journal Les Échos a publié un article affirmant que certains passages auraient été nuancés pendant l'été, après des échanges avec le gouvenement, ce que la CRE dément. Ce débat est l'occasion de revenir sur ce que ce document dit réellement, chiffres à l’appui.

En résumé

  • Selon la CRE, les capacités renouvelables installées en France entre 2020 et 2025 ont fait baisser les prix de gros de 20 €/MWh, soit 8 milliards d'euros d'économies par an pour les consommateurs.
  • Ce développement coûte 2,7 milliards d'euros de plus par an au système électrique français, soit trois fois moins que ce qu'il fait gagner aux consommateurs.
  • La CRE estime que 50 % de capacités solaires et éoliennes en plus feraient encore baisser la facture des Français, même si la consommation d'électricité continue de stagner.
  • D’après la CRE, la baisse des prix de gros liée aux renouvelables réduit les revenus de marché des producteurs qui vendent sans aide publique, EDF en tête.

 

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Les énergies renouvelables ont bien fait baisser la facture

Le chiffre le plus marquant du rapport concerne les économies réalisées grâce aux énergies renouvelables. D’après l’analyse de la CRE, le parc installé entre 2020 et 2025 a réduit les prix de gros d'environ 20 €/MWh, soit près de 8 milliards d'euros d'économies par an pour les consommateurs.

En contrepartie, il coûte 2,7 milliards de plus au système électrique, en tenant compte : 

  1. des installations ;
  2. des raccordements ;
  3. du renforcement du réseau.

C'est ce constat qui suscite le débat, car il contredit un argument récurrent chez les opposants aux renouvelables. En effet, le soutien public versé aux filières des énergies renouvelables coûte moins cher que le pouvoir d'achat rendu aux ménages et aux entreprises

Un amortisseur en cas de crise

La CRE a rejoué l'année 2025 en simulant une flambée du gaz comparable à celle de 2022. Dans cette hypothèse, le parc renouvelable actuel fait baisser le prix de gros de 41,4 €/MWh par rapport à un parc resté au niveau de 2020, soit 18 milliards d'euros de moins payés par les consommateurs. En somme, plus la part de production sans combustible est élevée, moins le prix de l'électricité suit le cours du gaz. Un scénario que les factures de gaz de 2026 rendent tout sauf théorique.

Il reste de la marge pour installer davantage de renouvelables

Selon les analyses de la CRE, la France peut encore accueillir environ +50 % de capacités solaires et éoliennes. De plus, ce résultat reste valable même si la consommation française continue de stagner.

Côté gouvernement, on mise sur un rebond de la consommation porté par les véhicules électriques et les data centers. Le régulateur alerte toutefois qu’au-delà de ce seuil de +50 %, et sans électrification des usages ni flexibilité, les gains pour les consommateurs ne compenseraient plus la hausse des coûts.

Qu'est-ce que la flexibilité électrique ?

La flexibilité consiste à déplacer sa consommation dans le temps plutôt qu'à la réduire. Concrètement, cela consiste par exemple à recharger sa voiture ou à chauffer son logement au moment où l'électricité est abondante et bon marché. L'application Hello Watt propose des fonctionnalités de pilotage intelligent pour le faire automatiquement, sans que vous ayez à y penser.

Le vrai sujet : à qui profite un prix de marché élevé ?

Le prix de marché est le principal point de crispation autour de ce rapport. Si les prix de gros baissent, les producteurs qui vendent sans aide publique voient leurs revenus se réduire d'autant, EDF étant le premier concerné.

La CRE estime ses revenus à 60,9 €/MWh en 2027, soit en dessous de ses coûts, alors que se profilent des centaines de milliards d’euros d'investissements pour les EPR2. L'intérêt du consommateur et celui du producteur nucléaire historique ne pointent donc pas dans la même direction, et aucune étude ne fera disparaître cette opposition.

Favoriser l'un plutôt que l'autre est une décision politique, pas un calcul technique, le mérite du rapport est d'en chiffrer le prix.

Lu sous cet angle, l'orientation actuelle interroge. Au motif que la consommation ne décolle pas encore, le solaire et l'éolien sont ralentis, alors qu'il s'agit des filières les moins coûteuses et les plus rapides à déployer : 

  • quelques mois pour un parc solaire ;
  • une quinzaine d'années pour un réacteur nucléaire

Quand personne ne sait à quel rythme la demande va repartir, la souplesse devrait donc logiquement être un avantage.

Reste l'objection la plus sérieuse : les EPR2 ne visent pas la demande de 2030, mais le remplacement des réacteurs existants dans les années 2040. Cette observation est juste, mais elle se retourne facilement.

En effet, si les deux échéances diffèrent, les deux calendriers ne sont pas concurrents, et rien n'oblige à arbitrer aujourd'hui l'un contre l'autre.

Ce que révèlent Les Échos

Selon plusieurs sources citées par le quotidien, le rapport, prévu avant l'été, aurait été édulcoré à l'issue de consultations menées avec le gouvernement parce qu'il prenait davantage le parti du consommateur que celui d'EDF.

Le ministère de l'Énergie confirme des échanges, mais assure n'avoir été « ni demandeur, ni relecteur ». La CRE reconnaît le report, mais dément avoir modifié ses conclusions.

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Article rédigé et vérifié par un expert énergie Hello Watt

Sylvain Le Falher
Sylvain Le Falher

Expert énergie depuis le 4 août 2016

Diplômé de l’École Centrale Paris et après un passage à la Commission de régulation de l'énergie (CRE), Sylvain Le Falher cofonde Hello Watt en 2016 avec Xavier Coudert. Leur objectif ? Accélérer la transition énergétique en aidant les particuliers à réduire leur facture d'énergie et leur impact sur la planète. Lire plus sur Sylvain Le Falher

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