Tarif agent EDF : les électriciens et gaziers en grève

Modifié par Simon Desimpel, Rédacteur expert énergie le 16 septembre 2026 à 13h26
Temps de lecture : 1 min
Grève tarif agent EDF

Les électriciens et gaziers se sont massivement mis en grève ce mardi 15 septembre 2026 pour défendre le tarif agent, qui leur permet de payer l'électricité 0,0061 €/kWh contre 0,2001 €/kWh au Tarif Bleu. De son côté, le gouvernement assure ne pas vouloir supprimer cet avantage, mais veut en relever la fiscalisation, après une mise en demeure de la Cour des comptes dans un rapport du mois de juillet 2026.

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Selon la direction, 59 % des salariés d'EDF SA (hors filiales) étaient en grève à la mi-journée. La CFE-CGC, premier syndicat du groupe, qualifie cette participation d'historique et supérieure à celle du précédent mouvement sur le même sujet, en 2011.

La mobilisation a touché plusieurs centrales nucléaires, avec de fortes baisses de puissance disponible : 

  • au Tricastin ;
  • à Flamanville ;
  • à Nogent-sur-Seine ;
  • à Penly ; 
  • à Cattenom ;
  • à Paluel ;
  • à Saint-Alban. 

Les syndicats recensaient environ 80 % de grévistes à la centrale de Gravelines, la plus grande de France, sans impact sur la production.

L’origine du conflit porte sur une mise en demeure de la Cour des comptes, qui demande au ministère de l'énergie de se mettre en conformité sur la valorisation de l'écart entre ce tarif et la valeur réelle de l'énergie.

Dans son rapport de mi-juillet, l’instance évalue le coût du dispositif à plus de 700 millions d'euros en 2024 pour le groupe EDF et affirme que ses bénéficiaires acquittent moins de 2 % des tarifs moyens payés par les consommateurs. Un chiffre contesté par des syndicalistes, qui avancent le chiffre de 10 %. 

Le détail de l'écart est le suivant :

 

Tarif agent

Tarif de référence (septembre 2026)

Part payée

Électricité

0,0061 €/kWh (inchangé depuis 1951)

0,2001 €/kWh TTC (Tarif Bleu, option Base, 6 kVA)

3 %

Gaz

0,0024 €/kWh (inchangé depuis 1962)

0,1347 €/kWh TTC (prix repère de vente du gaz, usage chauffage)

1,8 %

Sources : rapport de la Cour des comptes du 17 juillet 2026 pour le tarif agent, grille Tarif Bleu EDF en vigueur au 1er août 2026 , prix repère gaz de septembre 2026 (Commission de Régulation de l’Energie)

Créé par le décret du 22 juin 1946 instituant le statut national des IEG (Industries électriques et gazières), ce tarif compensait à l'origine des salaires inférieurs à ceux du secteur privé. La ministre déléguée à l'énergie, Maud Bregeon, a assuré qu'il n'était « pas question de remettre en cause le tarif agent ». Le sujet porte selon elle sur le niveau de fiscalisation, qui devrait être tranché par arrêté ministériel.

L'enjeu est large, puisque le dispositif concerne quelque 140 000 salariés du secteur et près de 160 000 retraités des entreprises issues d'EDF et GDF (Engie, Enedis, GRDF, et les distributeurs locaux). La CGT évalue l'avantage à environ 2 000 € par an pour un foyer de quatre personnes et redoute une importante perte de pouvoir d'achat.

La grève reste sans incidence immédiate pour les usagers, mais plusieurs responsables syndicaux préviennent que le mouvement pourrait se durcir, avec de possibles arrêts de tranche.

Article rédigé et vérifié par un expert énergie Hello Watt

Simon Desimpel
Simon Desimpel

Expert énergie depuis le 18 janvier 2023

Simon rejoint Hello Watt en 2023 pour informer les consommateurs sur les marchés de l’électricité et du gaz. Sensible aux thématiques du développement durable, il met son expertise de l’énergie au service des ménages souhaitant réaliser des économies et réduire leur empreinte carbone. Lire plus sur Simon Desimpel

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Commentaires
Neyret
 - 16 septembre 2026

Un tel tarif devient indécent pour des clients qui subissent des hausses régulières notamment pour le gaz actuellement.

Ne serait-il pas raisonnable d'adopter une position du type "tout le monde doit participer aux efforts nécessaires" en acceptant au moins que cet avantage en nature soit totalement fiscalisé ?

Encore plus anormal : vendre du gaz et de l'élecricité à ce prix ne peut pas encourager les agents et les retraités à réduire leurs consommations.

Simon
Simon
 - 16 septembre 2026

Bonjour,

Merci pour votre message. La piste que vous évoquez est précisément celle sur la table : le gouvernement indique ne pas vouloir supprimer le tarif agent, mais relever son niveau de fiscalisation, point qui devrait être tranché par arrêté ministériel. C'est ce qui a déclenché la grève.

Sur les chiffres, les deux camps ne s'accordent pas. La Cour des comptes évalue le coût du dispositif à plus de 700 millions d'euros pour 2024 et estime que ses bénéficiaires acquittent moins de 2 % des tarifs moyens ; les syndicats avancent 10 % et rappellent que le tarif compensait, en 1946, des salaires inférieurs à ceux du secteur privé.

Votre dernière remarque touche un point peu débattu : à ce niveau de prix, le signal économique qui incite à réduire sa consommation disparaît de fait. L'argument mériterait d'être versé au débat, aux côtés de celui du pouvoir d'achat.

Cordialement

fargette
 - 16 septembre 2026

Et pourquoi pas un forfait et si dépassement prix normal.

Comme cela certaines personnes contrôleraient mieux leur consommation.

Simon
Simon
 - 17 septembre 2026

Bonjour,

L'idée d'un plafond est effectivement l'une des pistes évoquées dans ce type de débat. Le dispositif actuel ne comporte aucune limite de volume : le tarif s'applique à l'ensemble de la consommation, ce qui explique que l'avantage croisse avec elle.

Un forfait au-delà duquel le prix redeviendrait normal rétablirait le signal économique tout en préservant le principe de l'avantage. Reste que la réforme envisagée porte pour l'instant sur la fiscalisation, pas sur le volume. 

Cordialement

MULLOT
 - 17 septembre 2026

L’argument que le tarif compensait en 1946 des salaires inférieurs à ceux du secteur privé devient surréaliste. Pendant une période d’au moins 70 ans, les agents EDF et GDF n’ont pas hésité à user de leur position dominante pour obtenir de substantielles augmentations de leurs salaires, de leurs retraites et de leurs avantages sociaux tels les camps de vacances. Sans oublier la possibilité d’être depuis plus de 20 ans à la semaine de 32h moyennant une très faible perte de salaire, l’aide généreuse à l’acquisition de logement(s)et pas seulement au titre de l’habitation principale, les indemnités de transport….

Tous ces avantages sont ceux dont bénéficie d’un membre proche de ma famille en activité.

Simon
Simon
 - 17 septembre 2026

Bonjour,

Votre remarque est fondée sur un point : l'argument de 1946 renvoie à une situation qui a changé. Le tarif agent, lui, n'a pas bougé depuis 1951 pour l'électricité et 1962 pour le gaz, tandis que le prix de référence a considérablement augmenté. L'écart s'est donc creusé mécaniquement, sans qu'aucune décision ne vienne le réévaluer.

Sur le reste du statut des IEG, nous préférons nous en tenir à ce que nous pouvons sourcer. Le rapport de la Cour des comptes consacré à la gestion des ressources humaines d'EDF SA, publié le 17 juillet 2026, entre dans un niveau de détail que nous ne couvrons pas ici : rémunérations, temps de travail, avantages sociaux. Il est consultable ici en ligne.

Cordialement

MULLOT
 - 17 septembre 2026

Petite remarque: l’accise actuelle autour de 0,03 € le kwh dans le contexte tarif bleu actuelle représente au minimum environ 15 % de la facture d’un usager normal. De par la législation, il n’y a pas de dérogation et le salarié EDF est soumis aux mêmes taxes que n’importe quel usager. L’affirmation des syndicats comme quoi le salarié EDF paye 10 % en moyenne et non 2 à 3 % selon la cour des comptes ne tient pas la route SAUF si la consommation est fortement sous estimée par le barème et non la consommation réelle. C’est déjà un avantage énorme qui s’ajoute à un prix unitaire brut impossible à trouvé tant le système est opaque.

Simon
Simon
 - 17 septembre 2026

Bonjour,

Votre raisonnement est juste, et le rapport de la Cour des comptes en donne la clé : le tarif agent transfère le paiement des taxes à l'employeur. Le bénéficiaire est également exonéré d'abonnement et acquitte un tarif fixe de 0,61 c€/kWh TTC pour l'électricité. C'est ce cumul qui produit les 2,2 % constatés en 2024, et non une consommation sous-évaluée.

Votre seconde intuition est exacte, mais elle porte sur un autre plan : celui de la valorisation fiscale et sociale de l'avantage. Les tarifs de référence retenus par le barème ne représentaient en 2024 que 35 % du prix moyen de l'électricité. La Cour estime la sous-évaluation à au moins 580 M€ sur la branche, soit environ 230 M€ de moindres recettes pour l'État et la sécurité sociale. C'est l'objet de sa recommandation n° 4, qui demande de calculer ce barème sur la base des tarifs réglementés toutes taxes comprises.

Quant au chiffre de 10 % avancé par les syndicats, sa base de calcul n'est pas explicitée publiquement, ce qui rend la comparaison difficile.

Cordialement

Christian
 - 18 septembre 2026

Liberté égalité fraternité

Tous au même tarif il faut compenser sur les salaires.

Un seul régime de retraite pour EDF chemineau fonctionnaires et surtout politique ministres etc

Avec 42 ans de cotisation pour tous

Et il ni a plus de problème

Mais que les journalistes n'aurons plus rien pour faire monter les polemiques alors pourquoi pas diviser les journalistes par deux les politiques par trois et se remettre au travail pour produire en france arrêtons le bla bla et remettons nous a produire c'est la seul solution pour relever le pays

Simon
Simon
 - 18 septembre 2026

Bonjour,

Merci pour votre message. Une précision sur le point qui rejoint le sujet de l'article : ni le gouvernement ni la Cour des comptes ne proposent l'alignement que vous évoquez. Le premier envisage de relever la fiscalisation de l'avantage sans le supprimer ; la seconde recommande de le réduire par étapes, en priorité en plafonnant les consommations prises en compte. La question d'une compensation salariale n'est soulevée par aucun des deux.

Cordialement

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